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La porte de la salle de bains

de Sandrine Beau

Editions Talents Hauts - Collection Ego

 

« Plusieurs fois, j'ai essayé d'imaginer que je parlais. Que je racontais ce qui se passait dans la salle de bain, depuis quelques temps... Mais je n'arrivais pas à trouver les mots. Je ne savais pas par quoi commencer . « Le copain de ma mère entre dans la salle de bain quand je prends ma douche... » ça me semblait ridicule comme phrase. On aurait dit une petite fille qui couine. Et puis, ça n'avait pas vraiment l'air grave dit comme ça. »



Mia a presque 12 ans, elle vit avec sa maman, qui travaille à l'hôpital, son petit frère Polo, 3 ans,

et Lloyd le chéri de sa maman.

Une petite vie tranquille, une maman qui a retrouvé le sourire en retrouvant l'amour,

un petit frère pétri d'amour et de tendresse.

Un beau-père, présent, amusant, certes un peu feinéant... mais qui comble sa maman

alors Mia ferme les yeux sur sa passivité.

Mia, haute comme quelques pommes et déjà inquiète de ne pas voir sur son corps

les changements qu'apportent l'adolescence. Elle guette ces seins qui devraient apparaître,

avec envie et insouciance. Jusqu'au jour où elle distingue enfin un petit pois, victoire !

Le changement est en marche !

Mia grandit, son corps change, le regard des autres avec lui.

Celui de Lloyd en particulier.

Le malaise s'installe quand il se permet d'entrer dans la salle de bain, alors qu'elle s'y trouve.

Mia qui se sentait jusque là en sécurité dans son cocon familial sent une fêlure s'installer,

son mal-être s'intensifie aussi vite que Lloyd réitère ses actes.

La jeune fille tente bien d'imposer la nécessité impérieuse de son intimité, mais elle se heurte aux

peurs de sa mère : la porte de la salle de bains, elle ne peut la fermer à clé, elle n'en a pas le droit.

Cette maman à qui elle n'ose pas parler, à qui elle n'ose pas raconter ce que fait

Lloyd en son absence, à qui elle n'ose pas exposer sa peur et sa détresse.

Mia a peur de faire s'écrouler la bulle de bonheur qui semble entourer sa maman qu'elle aime tant,

peur de cet homme en qui elle avait confiance et qui maintenant ne lui inspire qu'inquiétude

et dégoût, peur de tout révéler et de ne pas être prise au sérieux.

Alors Mia garde le silence, et invente mille stratagèmes pour échapper au regard écoeurant

de Lloyd : une chaise derrière la porte, un prétexte pour se doucher chez sa grand-mère...

La peur s'est installée au creux de son ventre, comme un poison qui la ronge jour après jour.

Jusqu'au jour où elle va enfin se libérer du poids de cette réalité en se confiant à quelqu'un.

 

Vous ai-je déjà dit tout le bien que je pense de la collection Ego des Editions Talents Hauts,

et des pépites qu'elle abrite ? Oui ? Eh bien je vais me répéter alors !

 

Sandrine Beau nous livre là un texte d'une force incroyable, à travers sa petite Mia

elle aborde avec tact et délicatesse un sujet plus que difficile : l'inceste / le harcèlement sexuel.

Pourtant, jamais le texte ne souffre de lourdeurs ou de mièvrerie, il est au contraire d'une simplicité

et d'une justesse déconcertante, et c'est cette simplicité qui fait sa force.

 

 

Ma fille de 10 ans à peine, en sixième, a lu ce petit roman et m'a dit :

"Maman, on ne peut pas vraiment aimer ce roman, parce qu'on ne peut pas aimer ce qui arrive à Mia.

C'est affreux ! Si ça m'arrive un jour, je te promets que je te le dirais. Et si ça arrive

à une de mes copines, je l'aiderais pour qu'elle trouve un adulte à qui en parler."

 

Je ne sais pas si c'était le but premier de cette écriture, mais ce petit roman a résonné si fort

en ma fille, qu'elle n'oubliera sans doute jamais Mia, ni ce que sa triste expérience lui a enseigné :

Seule la parole peut briser les chaînes.

 

Mia a brisé le silence en se confiant à sa grand-mère.

Et c'est cette parole libérée qui va à son tour libérer l'esprit et le coeur de l'enfant,

et lui permettre de sortir de ce cercle vicieux.

 

Peut-être manque-t-il un passage plainte/justice, sans doute.

Mais Mia est la narratrice, et on ne peut pas lui en vouloir d'avoir choisi d'éluder les choses,

dans son récit, pour avancer et grandir libérée.

 

J'ajouterais que j'ai été particulièrement touchée par la dédicace de Sandrine Beau

en début du roman "A toutes les Mia. Et à tous les Mio. Que la force soit avec vous !"

Parce qu'on a tendance à oublier que les garçons sont eux aussi touchés par ce fléau...

 

 

 

Absolument indispensable !

Coup de coeur !

coeurbois